Le travail du dimanche : Intox et vérités PDF Imprimer E-mail
Actualité - politique
Mercredi, 03 Décembre 2008 05:51

travailler plusIl n'y a qu'à se pencher pour ramasser une étude sur le sujet et Xavier Bertrand ne s'est pas gêné. Le ministre du Travail s'est emparé d'une enquête Ifop publiée le 12 octobre dans le JDD qui concluait que 67% des Français «voulaient» travailler le dimanche. Le ministre du Travail y a vu la preuve que les mentalités «évoluaient».

La ficelle a été jugée un peu grosse par une bonne partie de la presse, mais aussi par les soixante députés de droite (UMP et nouveau centre) qui sont partis en croisade contre le travail dominical.

Dans une tribune publiée le 27 novembre dans Le Monde, lesdits parlementaires envoient bouler le ministre du Travail et son sondage : «Les sondages produisent des résultats partagés à souhait, et leurs commentaires sont parfois déviés. La majorité de l'opinion n'est pas orientée aussi clairement en faveur de l'ouverture dominicale qu'on veut bien le dire.»

De fait, on trouve de tout dans les sondages. Il suffit de savoir lequel piocher. Une enquête BVA  d'octobre 2008, réalisée deux semaines après celle de l'Ifop (mais cette fois pour le syndicat FO), arrive à une conclusion diamétralement opposée : 68% des Français répondent par la négative à la question : «Vous, personnellement, seriez-vous d'accord pour travailler régulièrement le dimanche?»

Ou comment la formulation de la question peut retourner totalement un résultat.

La dernière étude en date, celle du Credoc (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie), publiée fin novembre, donne elle encore un autre chiffre : à la question «seriez-vous prêts en tant que salarié à travailler régulièrement le dimanche», les sondés disent non à 60,8%.

Et l'enquête du Credoc suffit à elle seule à démontrer les limites de l'art du sondage. Car on y trouve des choses fort paradoxales :

- 52,5% des sondés se disent favorables à autoriser tous les commerces à ouvrir le dimanche s'ils le souhaitent.

- 79% des mêmes sondés pensent que l'ouverture dominicale aurait des conséquences négatives pour les salariés du commerce, notamment sur le plan de leur vie de famille

- 75% des «enquêtés» affirment enfin que le temps d'ouverture des commerces est déjà suffisant pour pouvoir faire face à ses besoins d'achat.

(...)

 

C'est un argument fort des partisans du travail dominical : il va doper la croissance : parce qu'il offre du pouvoir d'achat supplémentaire aux salariés concernés, mais surtout parce que l'extension des horaires d'ouverture des magasins va permettre aux Français d'acheter davantage. Là encore, on a tout entendu.

Xavier Bertrand affirmait ainsi dans une interview aux Echos le 19 novembre : «Le chiffre d'affaires réalisé le dimanche est en plus des autres jours de la semaine, pas à la place.»

Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône, partisan de la première heure du travail le dimanche, et auteur de la proposition de loi sur le sujet, a même une théorie : certains achats se font prioritairement – voire exclusivement – le dimanche. C'est même écrit dans l'exposé des motifs de la proposition de loi qui sera examinée par les parlementaires d'ici la fin du mois:
«Le dimanche permet d'effectuer des achats en famille, pour la décoration d'intérieur, le bricolage ou l'électroménager. Ces achats exceptionnels, et de réflexion, sont spécifiques au dimanche. En effet, les commerces, qui ouvrent actuellement le dimanche, réalisent souvent plus du tiers de leur chiffre d'affaire sur cette journée. Sachant que la majorité des achats du
dimanche sont exclusifs à cette journée, c'est un levier important pour notre économie
.»

Dans une vidéo en ligne sur son site Internet, il va jusqu'à chiffrer le pourcentage d'achats faits le dimanche qui ne pourraient être reportés en semaine. Il explique :
«Nous savons pertinemment que cela
(l'extension du travail dominical, ndlr) intéresse des commerces comme l'ameublement, le bricolage, l'équipement de la maison, qui sont des commerces qui, eux, auront un plus. Car nous savons qu'il y a 60% de ces achats, qui sont des achats anormaux, qui ne se feront pas un autre jour. Parce que ce sont des achats qui se font de manière réfléchie, en famille. Il faut être tranquille, cela se fait le dimanche. Six achats sur dix ne se reporteraient pas en semaine.»

D'où Mallié tient-il cette statistique comportementale?

Questionné par Libération, le député nous a renvoyé à une étude réalisée fin 2005 à Plan de Campagne, la zone pionière du travail le dimanche dans les Bouches-du-Rhône. L'étude établit clairement que Plan de Campagne souffrirait d'une fermeture dominicale des magasins... mais ne démontre pas que les clients du dimanche refuseraient de faire leur achat ailleurs et un autre jour.

Les syndicats, l'opposition, mais aussi les 60 députés de la majorité entrés en rébellion disent tout à fait le contraire de Bertrand et Mallié. Pour eux, la travail dominical ne suscitera aucun frémissement de la consommation. Et c'est au tour des députés de dégainer des études. Dans une première tribune publiée dans le Figaro, le 21 novembre, il écrivaient: «Plusieurs études, dont celle du Conseil économique et social (CES), répondent que l'acte d'achat ne serait que transféré de la semaine au dimanche.»

Le CES affirme effectivement, dans une étude datant de février 2007, que «la consommation dépend du pouvoir d'achat et que l'effet d'entraînement provoqué par l'ouverture du dimanche ne serait qu'un déplacement dans le temps d'une dépense qui ne varie pas, sauf à solliciter davantage l'épargne ou le crédit, et ne serait qu'un transfert entre commerce ouverts ou fermés».

Dans sa récente étude, Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE, va dans le même sens, et s'appuie sur l'exemple allemand pour monter que l'extension des horaires d'ouverture en 2003 (qui s'est traduite par un relatif assouplissement du travail le dimanche, ndlr) n'a pas dopé la consommation ni rien changé à l'épargne des Allemands.

Le Credoc, dans son étude, nuance un petit peu ce manque d'enthousiasme. Si l'ouverture des commerces alimentaires serait nulle en terme de consommation, l'ouverture dominicale des magasins de commerce non-alimentaire s'accompagnerait elle d'un léger «effet d'offre». En clair, les Français achèteraient un peu plus. Et iraient pour ce faire puiser (un peu) dans leur bas de laine. Le Credoc envisage ainsi une réduction d'un demi-point du taux d'épargne

Source et suite

 
attention J'ai reçu ce mail, et comme je ne suis pas avocat ni conseillé juridique , je le soumet aux lecteurs de mouton noir pour lui filer un coup de main. Alors, à ceux qui le peuvent, répondez à cette demande d'aide en postant des commentaires, des conseils, etc... Merci.
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