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L’équité ? Elle est en grève !

jeudi 22 novembre 2007, par Roma Carlton

Pas la peine de tourner autour du pot ! Oui, il faut sans doute réformer les régimes spéciaux de retraite. Oui, au nom de l’équité et de l’égalité, il est juste d’aligner la durée de cotisations des salariés du public et du privé. Oui, chacun doit faire des efforts. Mais à condition que "chacun" signifie tout le monde. Et donc, pas toujours les mêmes, n’en déplaise à Jacques Marseille et à Nicolas Baverez.

Etait-il opportun, par exemple, au moment où l’on demande, fût-ce légitimement, aux cheminots, aux gaziers et à d’autres de se serrer la ceinture, que le président de la République augmente son propre salaire de 206% ? Comment justifier ces "efforts" au moment où Total, qui refuse de faire le moindre geste pour atténuer les effets de la hausse du prix du baril, annonce des bénéfices semestriels de 9 milliards d’euros ? Comment rendre ces "efforts" acceptables à ceux qui doivent les consentir quand, voici quatre mois à peine, le gouvernement a accordé aux foyers les plus riches entre 12 et 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux ? Quand les retraites chapeaux de certains grands patrons - autre régime de retraite très spécial ! - atteignent plusieurs millions d’euros ? Quand le Sénat repousse à 2011 d’éventuelles cotisations sociales sur les stock-options - exonération qui, au passage, font perdre plus de 3 milliards d’euros de recettes par an ? Quand, au fond, tous les signaux envoyés depuis des mois par Nicolas Sarkozy et son inénarrable ministre de l’Economie Christine Lagarde se résument à un slogan, un seul : "enrichissez-vous" ?

Rogner les privilèges ? Oui, mille fois oui ! Mais tous les privilèges. Que valent, en effet, les 1 300 euros mensuels de retraite d’un cheminot, fût-elle prise à 50 ou à 55 ans, au regard du chèque de 7,7 millions d’euros que le Trésor, au nom du bouclier fiscal, a restitué à une riche veuve, actionnaire des Galeries Lafayette ? La réforme des régimes spéciaux, légitime sur le fond, répétons-le, permettra d’économiser 200 millions par an. C’est peu, comparé aux 15 milliards de déficit du système général, mais c’est déjà ça. Sauf que pendant ce temps, le bouclier fiscal à 50 % va permettre à quelques milliers de contribuables les plus aisés d’économiser plus de 300 millions d’euros d’impôts ? Où est la logique ?? Où est l’équité ?

Au fond, on connaît depuis longtemps l’issue de ce conflit symbolique : le gouvernement, pour des raisons politiques évidentes ne cédera pas sur les 40 années de cotisation - et ainsi, pourra dire que, contrairement à Juppé en 1995, il a bien réformé les régimes spéciaux. Mais il accordera toutes les compensations nécessaires pour faire passer la pilule. Et éviter que ne se coagulent d’autres sujets de mécontentement, plus profonds, à commencer par celui du pouvoir d’achat. N’a-t-il pas d’ailleurs déjà cédé aux agents de conduite de la SNCF, aux internes et aux marins pêcheurs ? Pendant ce temps-là, le PS, lui, est toujours en grève !

Source : Mariane n° 552 du 17 au 23 Novembre 2007 - Laurent Neumann

2 Messages de forum
  • L’équité ? Elle est en grève !

    Depuis le temps que l’on (OSRP : l’opposition sans représentation politique) crie à qui veut l’entendre que notre président est (et il se le cache pas, faut le lui reconnaitre) bien introduit dans le cercle très restreint des "grands patrons" de notre pays. Les gens le savaient et malgré tout ils ont bus tout les discours quand il nous promettait d’être proche du Peuple.

    Faut pas qu’ils se plaignent.

    Pour ma part, ceci ressemble de plus en plus à la bonne époque de la France d’avant la révolution Française : Un monarque, des intrigants, une cour et le reste. ces deux mondes n’étant pas soumis aux mêmes lois, aux même rêgles.

    Le pompon étant les gens qui, actuellement, sont en train de dire qu’il ne faut pas juger Chirac car c’était loin et qu’il est vieux…

    Ale [admin], le 22 novembre 2007 15:14
  • Pourquoi ne le dit-on pas ?

    Avant la réforme du salaire présidentiel, nos présidents de la République cumulaient leurs retraites parlementaires avec un salaire présidentiel (dans les 6.000 € brut) et pouvaient, en outre, piocher dans le budget élyséen pour arrondir leurs émoluments à des montants pouvant atteindre, peut-être, plusieurs millions d’euros chaque année (le budget élyséen tourne autour des 100 millions d’euros).

    Cette réforme du salaire présidentielle, à l’initiative d’un parlementaire socialiste et reprise par notre actuel président durant sa campagne électorale, conduit désormais nos présidents de la République à toucher un salaire à vie brut de l’ordre de 19.000 €, non cumulable avec leurs autres retraites, qu’ils perdent, et surtout interdit au président d’empocher une partie du budget élyséen, désormais contrôlé par le Parlement.

    En somme, le revenu présidentiel est passé de quelques centaines de milliers d’euros mensuels à 19.000 € brut.

    Ce n’est pas vraiment une augmentation...

    C’est aussi pourquoi les députés socialistes l’ont voté, pourquoi l’actuelle majorité s’en vante et pourquoi l’actuel président peut plastronner en déclarant : "Il faudrait plutôt demander pourquoi d’autres ne l’ont pas fait avant."

    Don Quichotte contre les moulins à vent, le 23 novembre 2007 06:40
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