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Hiroshima : les photos censurées PDF Imprimer E-mail
Dossiers - 2000 ans d'histoire
Samedi, 10 Mai 2008 22:00
hiroshima

Ce sont des photos prises au sol, de l'intérieur du désastre. Rien à voir avec la vision abstraite et désincarnée du champignon nucléaire. Ces images montrent l'état de la ville japonaise d'Hiroshima dans les premiers jours qui ont suivi le largage, par l'aviation américaine, de la première bombe atomique, le 6 août 1945, à 8 h 17.

Sidérantes photos de corps flottant dans les eaux. Epouvantables images de visages tordus de souffrance. Clichés de cadavres entassés en pyramide, de corps tétanisés, adultes, vieillards et enfants, soufflés dans l'instant. Il n'y a plus ni homme ni femme. Uniquement des corps calcinés, enchevêtrés sous les gravats, ou allongés en rangs à perte de vue par les premiers sauveteurs et militaires nippons arrivés sur place, déambulant, masqués, entre les travées. On reconnaît simplement les enfants à leur petite taille.

 

La Hoover Institution, à l'université Stanford, en Californie, a rendu publiques dix photographies exceptionnelles, lundi 5 mai. Elles lui ont été remises, en 1998, par Robert L. Capp, un soldat qui avait participé aux forces américaines d'occupation du Japon à l'issue de la seconde guerre mondiale. "En fouillant une cave près d'Hiroshima, explique Sean Malloy, historien et chercheur à l'Université de Californie, à Merced, Capp est tombé sur des pellicules non développées : parmi elles, il y avait ces photos." Leur auteur, japonais, est inconnu.

En travaillant sur un livre publié cette année, Atomic Tragedy : Henry L. Stimson and the Decision to Use the Bomb Against Japan (La tragédie nucléaire : Henry Stimson et la décision de lancer la bombe sur le Japon, Cornell University Press), M. Malloy, ancien de l'université Stanford, a été autorisé à voir ces photos. Il a ensuite pu rencontrer la famille Capp, qui lui a permis de divulguer trois photos inédites dans son ouvrage. Robert Capp, décédé entre-temps, avait fait don de la collection, en 1998, au fonds d'archives Hoover, exigeant que ces photos ne soient pas montrées avant 2008.

En raison de la censure draconienne imposée par l'occupant américain sur tout ce qui touchait au bombardement d'Hiroshima (puis de Nagasaki, trois jours plus tard), on ignora pendant des mois l'ampleur de la tragédie dont furent victimes des populations essentiellement civiles. Les images prises par les premiers photographes nippons à s'être rendus sur place furent interdites. Les photos trouvées par M. Capp, sans doute d'un amateur, sont un témoignage de l'horreur des premiers jours qui suivirent le bombardement.

Source et suite

 

 

Complément : Imbroglio autour de prétendues photos de Hiroshima

Mercredi 14 Mai 2008

Au moins quatre des dix photos dévoilées la semaine dernière par la fondation Hoover, et censées montrer des victimes du bombardement d'Hiroshima, seraient en réalité des clichés du tremblement de terre de 1923.

hiroshimaC’est la première fois que ce type de photos est publié. «Chaînon manquant», selon plusieurs observateurs, elles permettraient de voir une autre réalité que les images policées du champignon atomique. Selon la fondation Hoover, c’est Robert Capp, un soldat américain en service durant l’occupation du Japon par l’armée américaine après 1946 qui les a trouvées. Il aurait mis la main sur des pellicules non développées dans une cave. La fondation précise que l’ancien soldat lui a amené les clichés en 1998, mais qu’elle était obligée par contrat de ne pas les publier avant 2008.

En France, en plus du Monde, le blog d’un grand reporter du Nouvel observateur et le site Bakchich.info reprennent l’information. Mais, au Japon et aux Etats-Unis, les médias passent l’histoire sous silence. Il n'en faut pas davantage pour que la blogosphère s’embrase. Elle se déchaîne, et on passe en cinq jours d’un «chaînon manquant» à un véritable complot: la série devient «les photos qu’on ne veut pas que nous voyions» sur plusieurs blogs américains, européens et asiatiques.

Tout ce petit monde s’affole jusqu’à hier. Nouveau papier du Monde: les photos ne sont «probablement» pas des images de Hiroshima. La Hoover Foundation retire les clichés de son site dans la foulée, mais ne fait aucun commentaire. Plusieurs indices ont en effet permis à des spécialistes de mettre en doute la datation des photos. D’abord, des arbres feuillus sont visibles en arrière plan de certaines. Impossible après un bombardement nucléaire. Ensuite, les sauveteurs portent des canotiers, des chapeaux à la mode dans les années 1920, mais pas durant la guerre où on portait plus volontiers la caquette ou le casque. Etc. Quatre photos sont erronées, et rendent toute la série suspecte. Source et suite

 

 
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