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1968 - 2008 : Comment la France s'est transformée PDF Imprimer E-mail
Dossiers - 2000 ans d'histoire
Lundi, 12 Mai 2008 16:08

mai 68Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis 1968. Emploi, famille, école, consommation..., l'économie et la société ont profondément changé.

Alternatives Economiques se plie d'autant plus volontiers à l'exercice de commémoration des événements de 1968 que l'"esprit de mai" a joué un rôle essentiel dans la gestation de notre journal, à la fin des années 70. Il y a cependant plusieurs façons d'aborder un tel anniversaire: on peut revenir sur les événements de l'époque ou bien en profiter pour mesurer le chemin parcouru depuis. C'est cette seconde option que nous avons retenue. Travail, famille, consommation, éducation, inégalités..., les choses bougent en effet très lentement d'une année sur l'autre. En revanche, quand on se projette d'un coup quarante ans en arrière, on mesure combien la société a changé. Raison pour laquelle, d'ailleurs, cela n'a pas grand sens d'instrumentaliser les événements de 1968 dans les débats politiques actuels. Tour d'horizon.

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Inégalités: ce n'était pas mieux avant

En 1968, il existait déjà un salaire minimum (il a été mis en place en 1950) et sa hausse de 35 % a tenu une place centrale dans les accords de Grenelle des 25 et 26 mai 1968. Simplement, il se montait à l'époque à... 0,40 euro de l'heure, contre 8,60 aujourd'hui, plus de vingt fois plus. Par ailleurs, on a souvent tendance à idéaliser les Trente Glorieuses (3). On croit en particulier que les inégalités étaient moins fortes à l'époque qu'actuellement, après trente ans de chômage de masse et de montée en puissance de la finance de marché. Ce n'était pas le cas. En effet, le rapport entre le plus bas revenu des 10 % les plus riches (D9) et le plus haut des 10 % les plus pauvres (D1) est passé entre temps de 4,8 à 3,1. L'après-guerre avait été en effet une période de croissance des inégalités, comme l'a établi Thomas Piketty (4). D'où d'ailleurs le mécontentement des salariés qui réclamaient en 1968 leur part du gâteau de la croissance.

Ce n'est qu'après 1968 que les inégalités se sont sensiblement réduites, notamment du fait de l'amélioration massive de la situation des retraités. On comptait en effet 12 % de pauvres en France en 1970, contre 6 % aujourd'hui (au seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian). Et cela bien que ce seuil, à l'époque de 365 euros par mois en euros de 2005, soit monté à 681 euros, presque deux fois plus. En 1968, ce n'est qu'à 65,5 ans que la moitié de la population active avait quitté le marché du travail, contre 59 ans en 2002. Alors que l'espérance de vie n'était en moyenne que de 67,8 ans pour les hommes et de 75,2 ans pour les femmes, soit neuf ans de moins qu'aujourd'hui. Et pas le temps de faire beaucoup de voyages !

De toute façon, la plupart des retraités n'en avaient pas les moyens: 27 % d'entre eux étaient pauvres, contre 4 % aujourd'hui. Certes, il en reste encore beaucoup aujourd'hui (et même de plus en plus ces dernières années), mais c'est désormais chez les 18-24 ans qu'on compte le plus de pauvres: 9,8 % en 2005. C'est en effet au moment de l'insertion sur le marché du travail que la dégradation de l'emploi intervenue depuis quarante ans se fait le plus sentir.

Quant aux inégalités hommes-femmes, elles se sont également beaucoup réduites, même si on reste loin de l'égalité: en 1968, le salaire moyen des femmes représentait 66 % de celui des hommes, contre 81 % aujourd'hui.

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