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Monarchie républicaine: les Français se révoltent PDF Imprimer E-mail
Actualité - Social
Lundi, 05 Juillet 2010 05:28

monarchie republicaineLa liste est longue des ministres dont la vindicte populaire a successivement demandé la tête (Albanel, Kouchner, Besson, Hortefeux, Mitterrand.....). Deux secrétaires d'Etat, récemment épinglés pour leur utilisation de l'argent public, Alain Joyandet et Christian Blanc, ont démissionné dimanche 4 juillet. Le chef de l'Etat,  à peine élu, a fait l'objet d'un foisonnement éditorial sans précédent -près de 70 livres, dont le plus célèbre, «De quoi Sarkozy est-il le nom?» d'Alain Badiou s'est vendu à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.

Ce philosophe n'hésite pas à parler, sans plus de nuances,  d'«une barbarie sarkozienne»- et brandit un marxisme dont on imaginait qu'il avait sombré dans les ténèbres de l'histoire.

Nicolas Sarkozy, fort de son succès aux élections présidentielles, a cru pouvoir imposer le spectacle d'un argent décomplexé. Mais il aurait pu aussi saisir en cinq minutes -instruit par la bourrasque qui s'est levée d'une soirée au Fouquet's et d'une croisière de luxe-, que cet étalage était reçu comme une insulte. Le bouclier fiscal à 50% pour les gros contribuables demeurera comme une faute originelle, davantage comme l'emblème d'une orientation politique, «le cadeau fait aux riches»,  que par le manque à gagner réel pour les finances publiques. Presque depuis son début, l'action de Nicolas Sarkozy a fourni un carburant au sentiment anti élite des Français, et cette rage s'est rehaussée d'un cran avec la crise financière et les révisions qu'elle impose à notre modèle social.

(...) Comment est on alors passé d'une opinion publique qui «ferme les yeux» à une opinion publique en rébellion? D'abord, en France le sentiment anti élite, et notamment anti pouvoir de l'argent, est à fleur de peau et peu ne faut pour le réveiller. Comment le démontre un livre  déjà ancien de Pierre Birnbaum, Le peuple et les gros (1979), dans ce pays de tradition catholique, la méfiance vis-à-vis des riches est fortement enracinée. Les 200 familles détentrices de grosses fortunes ont  fait l'objet de la haine populaire dans l'avant-guerre, et cette stigmatisation s'est souvent articulée à l'extrême droite, en association avec un antisémitisme latent. Aujourd'hui, c'est moins la richesse installée (les grandes familles industrielles ont conquis une respectabilité) qui révolte que celle, démesurée, fraichement acquise par le levier de la finance et des médias et plus généralement de l'économie mondialisée.  Cette nouvelle donne creuse les inégalités aux deux bouts de l'échelle sociale avec les pauvres (13% de la population vit avec un revenu en dessous du seuil de pauvreté) et les super riches (moins de 0,1% de la population aux revenus extravagants). Parallèlement, elle fragilise l'assise des classes moyennes, dont une partie se paupérise. La violence anti élite vise donc ces nouveaux seigneurs du capitalisme, incarnés par la caricature du bling-bling .

Dans leur livre sur La société de défiance (2006), les économistes Yann Algain et Pierre Cahuc dépeignent les traits d'une France peu solidaire, où chacun se méfie de l'autre -cet autre toujours soupçonné de consolider ses droits et avantages en jouant de son statut  et des réseaux afférents. Ce modèle d'une société à statuts s'est construit à travers des prébendes étatistes et corporatives.   L' esprit de méfiance renforce alors la suspicion à l'égard de la réussite économique: une majorité de français pensent qu'on ne peut arriver au sommet sans être corrompu. Ainsi l'exaspération des petits contre les gros, des défavorisés (exposés aux aléas du marché) contre les privilégiés (à statut),  toutes ces humeurs qui travaillent depuis longtemps la société française se voient stimulées, poussées à leur paroxysme dans le contexte de la crise financière et de ses effets sociaux en cascade: d'un côté les gagnants (suspects) du grand casino mondial, de l'autre, les perdants. Source et suite

 

 
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