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Les effets pervers de la politique du chiffre dans la police PDF Imprimer E-mail
Actualité - politique
Mercredi, 06 Janvier 2010 11:32

policeD’ordinaire, ces consignes-là ne s’écrivent pas. Elles circulent à l’oral, pour pousser les policiers à remplir des objectifs chiffrés, assignés par leur hiérarchie. Pour une fois, un gradé lyonnais a commis l’imprudence de les écrire. Sur la main courante d’une unité du Service d’ordre public et de sécurité de Lyon, il indique que les interpellations sont «en forte baisse» en novembre, par rapport à l’année 2008. Tout le monde doit «s’investir au maximum» pour «limiter la baisse des chiffres», et ne pas «subir le mécontentement et les conséquences négatives de la part du haut commandement». Un policier excédé a photocopié la page, que Libération s’est procurée.

En quelques lignes, voilà résumé ce que les policiers dénoncent depuis quelques années : une politique du chiffre qui les met sous pression, dévoie leur mission, et conduit à une accumulation d’absurdités et d’effets pervers. Le document ne surprend pas les syndicats de gardiens de la paix. «La police est désormais gérée comme une entreprise privée, avec des ratios et des quotas à atteindre pour obtenir des primes et cela se fait au détriment de la qualité de notre travail», soupire Alain Chizat, secrétaire départemental d’Unité police dans le Rhône. (...)

En matière de stupéfiants, certains policiers affirment que cela conduit à préférer les interpellations de fumeurs de joints aux démantèlements de trafics, plus longs et moins rentables statistiquement. (...) Ce n’est pas difficile, tout le monde sait faire : vous attrapez le premier rasta et vous avez des chances de tomber sur une boulette.» Un fait constaté égale alors un fait élucidé. Ce n’est pas très glorieux, mais très bon pour les chiffres.

Immigration illégale : Mais les priorités s’estompent. La nécessité de démanteler les filières de passeurs, brandie lorsqu’il s’agit de défendre la lutte contre l’immigration clandestine, s’efface au profit d’interpellations de sans-papiers. Aux frontières, cela conduit parfois à des situations aberrantes, comme l’interpellation, raconte un syndicaliste, d’étrangers en situation irrégulière qui s’apprêtent à quitter la France. On les relâche après une garde à vue, et une procédure qui permet de soigner les statistiques. (...)

Plaintes découragées. La dictature du chiffre conduit aussi à dissuader parfois les citoyens de porter plainte. Les faits ne semblent pas graves ? On explique alors que l’affaire a de fortes chances d’être classée, qu’une main courante suffira. C’est à l’opposé de la police de proximité imaginée par Jean-Pierre Chevènement, qui avait pour consigne au début des années 2000 de prendre toutes les plaintes, pour rassurer la population. Source et suite

 

 
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