| Sauver les banques jusqu’à quand ? |
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| Economie - Economie | |
| Mercredi, 12 Mai 2010 05:13 | |
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On regrette que l’enthousiasme pédagogique qui préside à des initiatives aussi admirables que le Codice (Conseil pour la Diffusion de la Culture Économique) [3], l’Institut pour l’Éducation Financière du Public ou la reprise en main des programmes des classes de SES trouve ici inexplicablement sa limite. Dieu sait qu’il y a là une occasion rêvée de pédagogie, d’habitude jugée si nécessaire par la troupe d’élite des précepteurs médiatiques et politiques. Car l’idée que, sous couleur de sauver la Grèce, on sauve en fait les investisseurs, gagnerait à être davantage popularisée, à des fins bien sûr exclusivement expérimentales, pour enregistrer quel effet pourrait bien avoir sur l’opinion publique sa propagation la plus large et pour observer, mais toujours dans un esprit très scientifique, ce qui pourrait s’en suivre. Certes, en toute rigueur on ne saurait dire que ce sont les contribuables européens qui viennent au secours des créanciers internationaux. Les États européens vont lever un supplément de dette sur les marchés pour les trois années du plan, ils feront même (scandaleusement) une marge sur le dos des Grecs, et l’on peut penser qu’à l’image des pratiques du FMI, ils se sont ménagés un rang de créancier super-senior qui leur garantit de passer avant tout le monde en cas de restructuration. Mais tout de même. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, et Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, à l’automne dernier, croyant alors que la crise faisait relâche pour de bon, ont eu l’imprudence, dans un mouvement de soulagement prématuré, de se laisser aller à confier que secourir la finance privée était en soi suffisamment scabreux pour qu’on ne doive surtout pas avoir à le refaire une deuxième fois. C’est pourtant très exactement ce qui est en train de se passer, à ceci près que la médiation opportunément fournie par les dettes souveraines permet de maintenir vaille que vaille l’illusion qu’il s’agit de sauver un État impécunieux (comme tous les États) et rien d’autre. Or aucun État n’est jamais mort de faire défaut sur sa dette pour la simple et bonne raison que l’expression « faire faillite » n’a rigoureusement aucun sens à propos d’une entité politique souveraine – et ceci à la différence des banques privées en 2008 qui, n’eussent-elles été sauvées, étaient, elles, promises au trépas. En bonne logique si l’État ne meurt pas de défaut, ce n’est pas l’État qu’on sauve. Alors qui ? Ses créditeurs, bien sûr. Les dettes souveraines de la zone euro sont détenues en moyenne à hauteur de 12 % par les banques et 14 % par les investisseurs non bancaires [4]. Dans le cas de la Grèce cependant, puisque, paraît-il, c’est « la Grèce » qu’on sauve, la clé de répartition est singulièrement différente. Sur la période 2005-2010, la dette publique grecque a été souscrite à 43 % par des banques, 22% des fonds mutuels, 15 % fonds de pension, 8 % des gérants (asset managers) et 4 % des hedge funds [5]. Voilà la population des nécessiteux auxquels il est urgent que les fonds publics du secours européens viennent en aide. Et à rappeler la sympathie spontanée qu’attirent tous ces braves gens, la question vient immanquablement à l’esprit de savoir pourquoi finalement on ne les laisserait pas choir. C’est une question qui vaut mieux qu’un mouvement d’humeur – dont on voit tout de suite la réponse qu’il apportera, non sans légitimité d’ailleurs. Car, ainsi que l’épisode de l’automne 2008 l’a déjà prouvé, la finance a objectivement les moyens de nous forcer à son aide. Il importe alors de mesurer dans quelle mesure exactement, puis de se demander s’il n’y aurait pas quelques conclusions politiques à tirer de cette situation de forçage – qui n’a rien d’imaginaire. Source et suite |
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L’annonce du plan de stabilisation ne change rien, bien au contraire !, à l’une des questions centrales que soulève (à nouveau) l’étape présente de la crise financière. Même les plus épais des commentateurs autorisés se sont aperçus que les sommes énormes péniblement assemblées pour « sauver la Grèce » sont en fait destinées à sauver… les investisseurs. Banques, fonds et autres créanciers internationaux sont en effet les heureux récipiendaires de fait de l’effort des citoyens grecs et des fonds publics européens, c’est dire tout de même que la solidarité n’est pas un vain mot et demeure une valeur sûre en ces temps troublés.