Site d'archives - Retrouvez nous sur notre nouveau site
Les réseaux sociaux reproduisent-ils la ségrégation raciale? PDF Imprimer E-mail
Culture - Web
Lundi, 28 Septembre 2009 05:28

my spaceMySpace n'est plus cool. Pire, le site a désormais moitié moins d'utilisateurs que son rival Facebook. Serait-ce parce que MySpace est trop noir pour le reste des américains? Les ados qui surfent sur le Net détiennent sans doute la réponse. Les lycéens calquent leur utilisation des réseaux sociaux selon leur origine ethnique: MySpace est noir, Facebook est blanc. Et à l'intérieur même de ces sites, les ados noirs communiquent avec d'autres ados noirs, les latinos discutent avec les latinos, et cette auto-ségrégation assez courante dans la vie réelle est très présente sur le Web.

Danah Boyd, spécialiste des médias sociaux chez Microsoft et membre du Berkman Center for Internet and Society de l'université d'Harvard, compare cet exode de MySpace vers Facebook au phénomène de «fuite des blancs» (white flight), qui désertent les centres-villes américains pour les banlieues.

The Root, le site de Slate qui vise spécialement la communauté afro-américaine, l'a interviewée après qu'elle a défendu cette thèse devant des centaines de personnes au mois de juin dernier lors du Personal Democracy Forum, une conférence sur la technologie et la politique qui se tient au Lincoln Center de New York.

Votre étude est plutôt controversée. Croyez-vous réellement que la ségrégation soit monnaie courante au sein des réseaux sociaux? Pensez-vous que les ados appliquent ces distinctions raciales sur le Net en plus de le faire dans la vraie vie?

Danah Boyd: On assiste à une reproduction de toutes formes de ségrégations sociales qu'on espérait disparues.

Bien avant l'apparition de Facebook, je travaillais avec un groupe d'ados dans une école de Los Angeles. Il il y avait une énorme différence entre le discours tenu par les professeurs sur la question raciale, et celui des élèves. Les profs disaient: «C'est une école très hétérogène, toutes les classes sociales sont réellement intégrées et il n'y a aucun problème avec question raciale.» Mais quand on parlait aux élèves, ils disaient: «Cette partie de la cour s'appelle Disneyland, c'est là où traînent les blancs, et celle-ci c'est le Ghetto, c'est là où  traînent les noirs.» Quel langage pour décrire la cour de récré pour cette école supposée super diverse.

Je suis allée voir les profils MySpace des ces élèves, c'était avant Facebook. J'ai réussi à trouver les pages de 60 à 70% d'entre eux. Il y avait une ségrégation dans les schémas de choix d'amis. Les latinos avaient des amis latinos, les noirs se liaient d'amitié avec des noirs, et les blancs avec des blancs. Il y avait très peu de mélanges.

En résumé, il y a d'un côté les adultes qui disent «On n'a pas de problème de racisme car tout le monde est intégré», et de l'autre des ados qui ont un langage [oral] profondément raciste, ségrégationniste, marqué par la culture des gangs et par une obsession avec la question raciale. Et ils reproduisent tout cela sur Intrenet. On se fait l'illusion qu'il suffit de mettre ensemble des enfants de différentes origines raciales pour qu'ils deviennent amis.

[Les réseaux sociaux] sont précisément qu'ils se retrouvent après l'école, et nous renvoient dans la figure toutes ces choses dont on feint d'ignorer l'existence. Source et suite

 
Copyright © 2012 . Tous droits réservés.
Joomla! est un logiciel libre sous licence GNU/GPL.